Cours « Philosophie des sciences de l’homme » – La notion d’empathie dans les sciences et la philosophie contemporaines (10 séances)


660978976_0496d70e99_zLes phénomènes empathiques sont au fondement de notre capacité de voir les choses du point de vue d’un autre. Pour cette raison, certains penseurs ont proposé de considérer l’empathie comme le pivot de toute vie sociale (Serge Tisseron : L’empathie au cœur du jeu social, Albin Michel, 2010) tandis que d’autres ont vu dans le défaut ou l’abolition de l’empathie le point de départ des phénomènes de cruauté, d’agressivité ou de violence (Simon Baron-Cohen : Zero degree of empathy, 2010). C’est en partant de ce constat qu’on engagera une enquête sur le concept d’empathie et sur sa place dans la science et la philosophie contemporaines. On s’interrogera, en suivant les neurobiologistes, les psychiatres, les historiens, les sociologues et les philosophes sur les structures (biologiques, psychiques, culturelles, sociales ou politiques) qui permettent à l’homme d’éprouver de l’empathie ou qui, à l’inverse, restreignent cette potentialité. On s’interrogera sur l’origine de ces structures, sur les altérations qu’elles sont susceptibles de subir, sur le degré de maîtrise dont nous disposons sur elles, etc. A travers cette enquête, on s’attachera à souligner les liens entre les discours que fournit la science sur ces phénomènes et ceux que fournit la littérature lorsqu’elle décrit, par exemple, la naissance et le développement des sentiments chez des individus impliqués dans une intrigue. On développera la thèse selon laquelle la capacité investigatrice d’un romancier s’appuie, elle aussi, sur les capacités empathiques de l’homme. Ces dernières lui permettent, avec plus ou moins de justesse et de précision, de « se mettre à la place » des personnages qu’il invente. Ce travail de transposition, lorsqu’il est réussi, devient un instrument de connaissance d’autrui : issu de la connaissance d’autrui que fournit l’empathie, il devient moyen de la connaissance d’autrui pour le lecteur. Marcel Proust paraît avoir conçu son art de cette façon. Ainsi écrit-il : « Chaque lecteur est, quand il lit, le propre lecteur de soi-même. L’ouvrage de l’écrivain n’est qu’une espèce d’instrument optique qu’il offre au lecteur afin de lui permettre de discerner ce que, sans ce livre, il n’eût peut-être pas vu en soi-même » (LeTemps retrouvé). Cette conception pour ainsi dire épistémologique de la littérature (qui fait de la littérature un instrument de connaissance) sera examinée à la lumière de la notion d’empathie : la littérature et, plus généralement, la narration d’histoires, peut-elle être considérée comme une éducatrice de l’empathie ? Quelles sont les conséquences qui en découlent au point de vue de l’éthique ? Telles seront les questions abordées dans ce cours.

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